Prologue

Je vais te parler de Cédric. Il est tant… Je suis vieux maintenant et j’aimerai qu’avant de mourir tout soit enfin clair sur sa vie. Ne me regarde pas comme ca, Cédric n’est pas resté dans l’histoire, il n’a pas eu le temps… il aurait pu, tu sais. Cédric De la Berge du lac, Neveu du Roi Yann et cousin du Prince Morgan. Tu le connais surement sous le surnom de Morgan le Hardi, c’était le père de notre bon roi actuel. Et oui, ca remonte a si longtemps que cela… j’étais jeune alors… un autre temps, une autre époque, une autre vie…voir même plusieurs vies. Quand je l’ai vue pour la première fois… mais… il faut que je revienne un peu avant pour que tu comprennes le contexte.
A cette époque la cour du roi était pleine de vie… la guerre de sept ans avait enfin pris fin et nous avions gagné, malgré la perte en homme. La vie reprenait son cours sous de nouveaux auspices…Le jeune Prince était fougueux et joueur… Son blason marqué du griffon brillait de pourpre et de rouge pendant les joutes à cheval. Les jeunes femmes nobles se pâmaient devant les exploits de ces jeunes et valeureux guerriers… Cédric en faisait parti. Son rire franc et clair résonnait au dessus de la foule et ses cheveux châtain volaient librement derrière lui. Ajoute à ca une paires d’yeux a damné un saint et un corps robuste ainsi qu’un sourire en coin allant du coquin au démoniaque, et tu avais devant toi le chouchou de ses dames… et pas que d’elles d’ailleurs. Il avait une grande gueule et adorait être le centre d’intérêt. Son cousin et lui avait été élevé ensemble et formait une sacrée paire de vauriens… à retrousser des jupons et à batailler dans la poussière tels de cabots. Et ce, jusqu'à l’accident…
C’était au printemps et le Prince et sa cours partaient pour une chasse dans les bois giboyeux des environs. Le cheval de Cédric était nerveux mais il se ventait d’être bon cavalier et qu’aucun cheval n’avait réussit à le désarçonner. L’équipe se mis en branle et le Prince décida de piquer du galop… Evidement Cédric l’a suivit et le cheval henni et renversa Cédric, lui marchant dessus. L’accident fut terrible…il eu le poignet fracturé et le front enfoncé par l’arrière. On retrouva sous la scelle une bogue de châtaigne-oursin… l’écuyer fut battu et exilé…mais le mal était fait. Cédric était désormais aveugle et ne pourrais plus jamais tenir une épée.
Il s’enferma dans le manoir de sa famille, refusant de voir du monde, refusant de manger sauf le strict minimum. Son père se désespéra de son cas, l’abandonnant au bon soin de ses serviteurs… petit à petit, tout ses amis de la cours l’abandonnèrent et au bout de trois mois, personne ne parla plus de lui. Il qui était si beau était maintenant un infirme bon a rien… plus de joute, plus de femme, plus que sa solitude. Il s’enferma dans la dépression… broyant du noir, se lamentant sur lui-même, repoussant toutes les avances faites pour l’aider a devenir autonome. Et c’est a ce moment que j’entrait dans sa vie… moi le fils bâtard d’un duc, affublé de cette tare qui m’a fait traiter en paria par tout le monde…cracher dessus comme un déchet… inspirant la peur a ma simple vue… a cause de mes yeux vairons.

Chapitre 1


La porte de la chambre s’ouvre en grand et claque contre le mur. La femme entre à grand pas, ses jupes volant autour de ses chevilles. Elle traverse la pièce et tire les rideaux et ouvre la double fenêtre d’un geste brusque. Une forme se recroqueville sur le sofa. Elle se retourne vers la forme, le visage furibond.
- Cela suffit ! Allez vous laver, vous puez tel un cochon qui s’est roulé dans la fange ! Cessez de vous enfermer de cette façon, mon fils ! Votre chambre pue ! Vos draps puent et vous encore plus que le reste ! C’est assez !
La forme se recroqueville encore mais ne dit rien. Elle s’approche et le toise.
- vous me dégoutez, et tout ce que vous représentez. Votre Père rentre ce soir. Soyez présentable… et quittez cette chambre, par Dieu et tous les Saints !
Elle quitte la chambre du même pas qu’elle est entré, laissant le battant ouvert. La forme se relève en tâtonnant, cherchant les prises autour de lui. Ses gestes sont peu sur.
- Mère…
Il avance et butte contre la table basse. Il s’écroule dessus en gémissant sous la douleur. Il porte une chemise d’un blanc passé et salie et un pantalon dans le même état.
- Mère !
Ses cheveux gras et long tombent en mèches compactes autour d’un visage trop maigre et ses yeux sont fixes et sans vie. Il se redresse comme il peut, ses mains squelettiques tâtonnant pour trouver une prise.
- Mère revenez ! Ne me laissez pas !
Il se prend les pieds dans le tapis et s’étale de tout son long sur le sol, amortissant le choc avec son poignet affaiblie.
- MERE !
Son visage se crispe et il lâche un cri de rage et envois valsé la chaise qui se trouve à portée de main. C’est dans cet état que je l’ai rencontré pour la première fois. Il s’était trainé dans un coin, loin de la lumière. Le baquet d’eau refroidie au milieu de la chambre…
- qui est là ? Je sais qu’il y a quelqu’un… est ce vous Mère ?
- Non… non ce n’est que moi.
Je m’incline alors devant lui, retenant mon souffle devant l’odeur de crasse et de sueur.
- Qui…qui ?
- je m’appelle Malo, Seigneur. Votre père m’a engagé pour que je m’occupe de vous.
- Que vous… ? Je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi !
Il se relève difficilement, se tenant au mur, je peux enfin le voir en entier et je retiens une grimace de dégout. Alors c’était ca l’héritier du Duc ? J’avais entendu parler d’un jeune homme haut en couleur et je me retrouve devant…ça ? Je retiens un soupir… je ne devrais pas être aussi négatif et au contraire être reconnaissant à Monsieur le Duc de me donner une chance. Mais bon, j’étais fier à cette époque… fier d’être le bâtard. Le fils illégitime de l’autre coté de la royauté. J’étais aussi cousin que lui du Prince. Pour simplifié Cédric était le cousin du Prince parce que son père et le roi était frère. Quand à moi j’étais né du frère de la Reine et d’une femme de la petite noblesse. Bien que mon père ne m’ait jamais officiellement reconnu, je reste dans la lignée également. Je me redresse. Si mes yeux n’avaient pas été marron d’un coté et vert de l’autre… j’aurais tout aussi pu être reconnu légitime. Seulement voila… à cause d’eux, je suis considérer comme impure et sans âme… un pestiféré aux yeux de Dieu à ce qu’il parait. Je le détaille. Il a du être beau il y a quelques temps… et musclé aussi mais maintenant, juste la peau sur les os, le visage creux et une barbe échevelée… les cheveux filasses et pendant, sans parler de ses yeux qui auraient été beau s’ils avaient eu une étincelle de vie. Il me dégoute.
- Et bien ? Tu ne dis rien, vaurien ?
- Je n’ai rien à te dire.
- tu oses !
- Je suis égal dans la lignée que toi, et ce que je vois ne me donne pas envie de te mettre au dessus des autres.
- Malo… le bâtard !
Il semble cracher ses mots.
- Je suis peut être bâtard et maudit mais j’ai assez d’estime de moi pour être autre chose qu’une loque. Monsieur le Duc arrive dans deux heures et m’a envoyé en avance. J’ai voulu rencontrer celui qui devrais être mon Maitre… mais ce que je vois, ne me donne pas envie de rester. Mère est peut être que Dame de la Reine, j’ai trop d’honneur encore pour accepter le poste de nourrisse. Ecuyer d’un comte est plus valorisant.
- Comment ? Tu…tu…espèce d’ordure !
- N’est ce pas vrai ? S’occuper d’un infirme qui n’est même pas capable de se laver ou de manger seul… qui reste dans sa chambre a se lamenter sur la perte de ses yeux mais qui ne fait rien, tu trouve cela plus intéressant que d’aider un chevalier même de plus petit rang ? Pas moi.
- Parce que tu crois que je ne fais rien ?
- n’est ce pas le cas ? J’ai connu un aveugle aux cuisines du château… il se déplaçait seul, s’occupais de petites taches comme éplucher les légumes ou alimenter le feu. Il était tellement adroit de ses mains qu’il faisait même des sculptures sur bois. Tu n’es pas capable du tiers de cela. J’ai discuté avec les gens de maison en arrivant et tu les dégoutes. Sans parler de ta cruauté gratuite et de tes colères puériles.
- Je les dégoute ?

Il s’approche de moi, la tête penchée, peu sur de lui sur ses jambes et se tenant au mur.
- Même Hoel ?
- Hoel, l’intendant ? Oui, lui plus que les autres… il est affliger de voir ce que son petit maitre est devenu. Tu fais peur à tes gens !
- Non ! Non je ne veux pas ! Mais regarde ! Regarde !
Il a lâché le mur et s’est positionné les deux jambes écartées, bien planté sur le sol, la chemise crasseuse battant ses mollets.
- Et alors ?
- je ne peux rien faire ! Dès que je bouge je tombe, des que j’essaie ca ne marche pas !
- Alors essaie à nouveau ! Tu attends que les autres compatissent sur tes malheurs mais c’est assez ! Combien de temps hein ? ca fais combien de temps que tu reste enfermé ici ? Plus de trois mois !
Le voyant aussi perturbé, je change de tactique.
- Quand tu as commencé le maniement d’épée, cela ne s’est pas fait en un jour… il a fallu que tu t’entraine pour arriver a battre ton Maitre d’arme. Je t’ai vue Jouter avec le Prince et il en a fallu d’un cheveu pour que tu gagne… parce que tu as passé des années et des années à t’entrainer. Là, c’est pareil… c’est un nouveau défi. Vois cela comme un jeté de gant. Vas-tu le relevé ?
- Mais comment ?
- Je suis là pour t’y aider si tu veux.
- tu n’es pas aveugle et ton poigné n’est pas brisé.
- Non, en effet. Mais j’ai quelques choses qui font que les gens me fuient.
- es-tu difforme ? Boiteux ? Malade ?
- Je porte sur mon visage la marque du démon. J’ai son œil.
Il s’est reculer d’un bond et tombe sur les fesses.
- quoi ?
- est ce que pour autant je t’ai fait du mal ? Mes yeux n’ont pas la même couleur mais ca ne change rien.
Je me sens sourire.
- Et au pire… puisque ton Dieu t’a abandonné, peut être que le Diable lui, non. Est-ce si mal de vouloir relever le défi de Dieu ?
Je le vois réfléchir et un sourire étirer ses lèvres.
- D’accord.

Il me tend la main.
- Alors Malo, cher cousin… relevons donc ce défis. Tu seras mes yeux.
Je ne bouge pas.
- Je serais tes yeux mais surement pas tes jambes.
Il grogne et se lève donc.
- Fais changer l’eau et aide-moi le temps que j’apprenne.
Ce que je fais. Le baquet d’eau est enlevé et remplacer par un autre. Il attend que tout le monde soit sorti sauf moi. Lentement il avance à travers la chambre.
- où est le baquet ?
- prêt de la cheminée, à droite.
- Je m’humilie devant toi et te donne toute ma confiance en cet instant.
- J’en serais digne, Cédric. Encore à droite… voila.
Il butte contre le baquet en grimaçant et enlève sa chemise mais la maintien en boule sur son entre jambe. Son corps est maigre…trop maigre pour sa taille. Il entre dans l’eau en soupirant. Je m’approche enfin de lui. L’air de cette fin d’après midi d’été nettoie la pièce de son odeur de musc apportant les fragrances d’un mur de glycine. Je m’agenouille prés du bac et relève mes manches. Cédric tâtonne à la recherche du savon, s’énervant de ne pas le trouver a porter. Je lui mets dans sa main.
- Apprenez l’espace et les distances.
Son odeur est forte mais je reste.
- Pour cette fois je vais vous aidez à vous lavez et vous habillez ainsi qu’a vous déplacez. Mais a partir de demain, vous et moi apprendrons l’un et l’autre a se déplacé dans le château.
- Tu me vouvoies à nouveau ?
- Parce que vous avez retrouvez votre place de Seigneur.
- Malo…Si nous devons travailler ensemble, quand nous sommes seul, tutoie-moi, s’il te plait.
Il pose sa main trop fine sur mon poigné et serre de façon dérisoire mais en tournant la tète vers moi. Ses yeux, semblent enfin vivants. Je me suis senti lui sourire et incliné la tête.
- Nous ferons comme ca alors.
Doucement, j’attrape le gant de crin et le savon à base de plante. Je lui attrape un bras et commence à le laver en silence. La mousse révélant une peau trop blanche, comme celle d’une femme et non celle tannés d’un guerrier. Sa finesse aussi m’ahurissant. Je me demandais comment il arrivait a tenir sur ses jambes.
- Il faudra te remplumer aussi… tu es plus maigre qu’un chien galeux… et tes cheveux sont aussi sec que les poils d’un balais en paille.
Cédric lâche un petit rire. Je cligne des yeux.
- Tu me les couperas, je n’ai plus le droit de les porter sous les épaules, je ne suis plus un soldat du roi. Les tiens sont longs ?
- Non. Je les porte court.
- Comment es-tu ?
- Physiquement ? Et bien… je suis un peu plus grand que toi, il me semble… j’ai les cheveux aussi noir que ceux de la Reine. J’ai un œil vert et un marron. Je sais manier l’épée mais je n’ai pas eu de véritable formation. Je monte à cheval aussi.
Cédric se redresse et se tourne vers ma voix. Il tend les mains, je me recule.
- Je veux juste juger par moi-même.
Je soupire et je m’avance vers les mains, les guidant jusqu'à mon visage. Elles me le touche, ainsi que mes cheveux, mon nez, le contour de mon visage, ma mâchoire, mon cou, mes épaules. Je le laisse faire, aussi tendu qu’un arc. Cédric hoche la tête, un léger sourire sur le visage et replonge ses mains dans l’eau.
Je ne sais pas ce qu’il a vue, je me souviens juste du contact humide de ses doigts sur ma peau et de leur tâtonnement. Nous n’avons plus parlé le temps que je finisse de le laver. Il m’a laissé le sécher et l’aider à s’habiller pour le souper. Je l’ai revêtu à sa demande de ses habits d’héritier aux couleurs de son père. Quelle tristesse de le voir flotter dans ces habits. J’ai coupé et arranger ses cheveux. Je l’ai aidé a descendre rejoindre son père et sa mère pour le diner.